On me pose régulièrement les questions suivantes.
- Est-il absolument nécessaire d'intégrer le web et les « technologies multimédia » dans les productions muséales?
- Doit-on nécessairement avoir un site Internet interactif?
- Offrir les contenus muséaux sous format numérique?
- Pour attirer les jeunes clientèles, doit-on nécessairement garnir nos expositions d'écrans d'ordinateur, de jeux vidéos, de sites Internet collaboratifs et autres bidules du même acabit?
Et ainsi de suite.
Il n'y a pas de réponse absolue à cette question puisqu'il est impossible de prédire de quelle façon les gens vont réellement intégrer toutes ces approches dans leur vie, ainsi que dans leurs attentes face aux musées. Deux principales voies de développement me semblent possibles pour les musées :
1. Les gens souhaiteront retrouver au musée une approche similaire aux autres lieux qu'ils fréquentent (cinéma, théâtre, jeux vidéo, Internet, réseaux sociaux numériques, participation aux contenus, etc.) : les musées devront alors continuer à intégrer ces approches dans leur création pour réussir à conserver des clientèles et surtout, aller chercher les jeunes;
ou alors, à l'inverse...
2. Les gens souhaiteront que le musée soit un lieu unplugged, avec peu de stimulations possibles. Un lieu calme, à la limite, près de la méditation. Un lieu où les gens déambulent à travers des idées et leurs objets témoins afin de s'inspirer, de réfléchir, de méditer. Un certain retour aux muses, inspiratrices de la création.
La deuxième voie ne me semble pas la plus probable, mais elle ne peut être exclue. En effet, on a souvent vu des revirements complets de l'opinion publique sur divers sujets (fast-food, cigarette, étalement urbain, agriculture massive, etc.). Il est possible que les gens choisissent le musée comme un lieu où l'on retourne aux sources, où l'on retrouve le calme. Mais cela ne peut survenir tout de suite. Ce sera peut être un constat après plusieurs années de stimulation multiple et constante. Je crois plutôt que la première voie doit être celle explorée par les musées dans les prochaines années. Le musée devra suivre la mouvance actuelle de la société par rapport à Internet et ses technologies connexes.
Au chapitre des raisons et des justifications, j'ai déjà parlé du discours fort inspirant de Michel Serres. Il confirme que nous devons nous investir dans société numérique.
D'autres parlent également de la Génération Google, soit les gens natifs de l'ère Internet qui a débuté vers 1993. Des jeunes pour qui l'Internet est un prolongement naturel de leur pensée et de leurs actions. Plusieurs idées reçues et mythes sont véhiculés à ce sujet, tel :
- Les jeunes utilisent continuellement Internet;
- Les jeunes connaissent bien Internet;
- Les jeunes n'aiment que ce qui est « branché » et « multimédia » : Internet, jeux vidéos, téléphone portable, ipod, etc. Le reste ne les stimule plus suffisamment;
- Les jeunes ont établi et adopté de nouveaux modes de communication qui remplacent les « anciens » : courriel, clavardage, myspace, facebook, etc.;
et on pourrait continuer ainsi.
Comment s'y retrouver? Qui croire? Que croire?
Tout ce texte, pour en venir à vous partager une étude de la British Library au sujet de la Google generation : Information behaviour of
the researcher of the future (pdf).

Ce document présente tant les idées reçues au sujet de cette génération Internet que le résultat de l'étude. Plusieurs perceptions que nous développions de façon « automatique » deviennent des mythes et c'est pour le mieux de l'avenir des musées. À la lecture de l'étude, j'en conclus qu'il n'est pas automatique que les jeunes d'aujourd'hui intègrent tous les tenants et les aboutissants de cette nouvelle ère numérique, même s'ils en sont natifs et probablement des usagers plus fluides que les plus âgés. Par contre, il sera toujours sous la responsabilité des adultes de leur montrer les voies d'épanouissement, les divers potentiels de ces moyens et surtout, les origines des sociétés actuelles. Il y a vraiment place pour que nous développions un échange entre « nouveaux modes numériques » et « approches traditionnelles » (sans idées péjoratives).
Et ça, nous savons faire.