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Exposition Le goût des sciences - Musée national de l'éducation

La semaine dernière, je suis allée visiter le Musée national de l'éducation situé à Rouen, donc à environ 1h de train de Paris. Je mentionne au passage que la ville de Rouen est magnifique. Prenez le temps de la visiter.

Dès la sortie du train, j'étais attendue par Myriam Boyer, Chargée de conservation et de recherche, et conceptrice de l'exposition Le goût des sciences. Sur le site du musée, l'exposition est présentée de la façon suivante et une fois qu'on a visité l'exposition, on prend la mesure de la qualité de ce résumé.

«Les méthodes et moyens utilisés pour l’enseignement et la vulgarisation des sciences en France depuis 1800 sont présentés à travers un parcours thématique qui répond à des questions simples : depuis quand enseigne-t-on les sciences d’observation et d’expérimentation ? À qui, pourquoi et comment donner le goût des sciences?

Plus de 300 objets témoignent des évolutions des objectifs, de la place de l’écrit, de l’observation, de l’expérimentation et des moyens audiovisuels dans l’enseignement. Mais le goût des sciences se forme aussi en dehors de l’école: l’édition, la presse, les affiches, les jeux et jouets scientifiques participent à la diffusion des sciences.»

Le musée national de l'éducation

Le musée est situé dans une ancienne maison : la maison des quatre fils Aymon. Il est situé dans le coeur historique de Rouen. Sur quatre étages, une exposition permanente (Cinq siècles d’école : lire, écrire, compter ou l’apprentissage des rudiments) et une exposition temporaire présentée durant deux ans. La première occupe les deux premiers étages alors que la temporaire se réserve les deux derniers.

La collection du musée est riche d'environ 950 000 objets et j'ai apprécié découvrir que le musée ne se limite pas à des objets de l'univers scolaire, mais bien éducation au sens très large. On y retrouve donc tout autant des manuels scolaires que des jouets, des objets de puériculture, du mobilier ou encore des témoins de la littérature jeunesse.

Dans l'exposition permanente, on retrouve une reconstitution de salle de classe avec des pupitres d'époque... et des répliques en bois de fusils du 19e siècle! En effet, suite à la cuisante défaite avec l'Allemagne en 1871, les garçons français étaient « entraînés » à l'école afin de préparer la revanche. Fort heureusement, cela n'a duré que quelques décennies. ;-)

Mnesalleclasse

L'exposition Le goût des sciences

Myriam Boyer m'a fait l'honneur de me guider à travers l'exposition et l'immense richesse de ses différents propos. D'emblée, je dois vous avouer que je n'avais pas réalisé à quel point l'enseignement (des sciences en particulier?) peut différer d'un pays à l'autre. Il me semblait, bien naïvement, que l'on avait toujours enseigné les sciences plus ou moins au niveau des connaissances de l'époque. Que nenni! Selon les époques et selon le contexte, l'enseignement des sciences a été source d'engouement, de peur, de propagande. On est bien loin de la science objective!

À ce sujet, pour n'en nommer qu'un seul qui m'a bien marquée, j'ai été très étonnée de la présence d'allusions très explicites au contrôle de l'alcoolisme et ce, depuis plusieurs siècles. Ces affiches ou illustrations montrent des images que l'on en montrerait pas à nos enfants d'aujourd'hui tellement on s'approche de l'iconographie religieuse du diable et du bon dieu qui se battent pour gagner le pauvre croyant. Et cette éducation « morale » se retrouvait dans du matériel à caractère scientifique aux côtés, par exemple, de l'hygiène ou de la vaccination.

Dans cette explosition, la découverte de l'histoire de l'enseignement des sciences en France s'effectue principalement au travers de livres. Les livres sont de merveilleux objets-témoins que l'on peut facilement juxtaposer et comparer puisque les propos scientifiques que l'on y retrouve et surtout la façon de les présenter varie grandement d'un siècle à l'autre. Cela est particulièrement le cas quant à la place de l'expérimentation. Et c'est vraiment fascinant de voir l'évolution du manuel scolaire scientifique qui part d'un livre de type roman où la science est racontée avec des mots, jusqu'au tout pour l'expérimentation des manuels de nos jours où la science est présentée par une série de photos, d'illustrations, de schémas et de quelques consignes. Hier, les manuels étaient remplis de mots et l'on n'y retrouvait que très peu d'images. Aujourd'hui, les manuels sont des bouquins d'illustrations et de photographies agrémentées de quelques mots. La différence est frappante et un peu déroutante.

Objets parlants, les livres. Malheureusement, la présentation de livres dans une exposition est toujours un énorme défi. Un défi difficile puisque plusieurs pages peuvent être requises pour soutenir le message que l'on souhaite mettre en évidence, mais surtout, parce que pour le visiteur, cela peut être absolument ennuyant de regarder des livres. Le visiteur moyen regarde l'objet dans sa globalité plutôt qu'il ne cherche à lire et donc à dégager le message. Le livre est évidemment un objet, mais c'est un objet qui contient d'autres « objets» ou messages. Il cache, si on peut dire, les traces du propos que le muséologue souhaite divulguer. Ces mots, ces images, ces dispositions, c'est cela que le concepteur de l'exposition veut mettre en valeur!

Dans le cas de l'exposition du Musée national de l'éducation, le défi était encore plus grand puisqu'en plus de devoir construire un récit par le biais de livres, il fallait dynamiser le sujet dans une série de petites salles et dans les vitrines habituelles du musée.

Comment s'en est sortie la conceptrice?

La conceptrice a installé une série d'astuces pour dynamiser l'exposition. En voici quelques exemples.

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Les cartels (vignettes) des objets sont toujours accompagnés d'un paragraphe qui explique le message « muséal », ou contextualisé à l'exposition, que doit livrer ce livre. C'est ce que l'on retrouve sur la bande de texte au bas de la vitrine. Le ton des textes est dynamique et compense pour la contrainte un peu froide et répétitive des vitrines. Mais il faut prendre le temps de lire...

De plus, le récit de chaque vitrine est raconté au travers d'un audioguide offert avec la visite.


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Certains livres majeurs sont offerts en consultation via une photocopie plastifiée. J'avoue que cela devient frustrant de ne pas pouvoir consulter les livres en vitrine et que cette astuce est une excellente façon de contourner la contrainte.

Au dernier étage, on retrouve une projection vidéo d'une magnifique démonstration scientifique (principe d'Archimède) datant des débuts de la télévision et donc en noir et blanc (désolée, pas de photo).

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On retrouve dans l'exposition une reconstitution très impressionnante d'un laboratoire scolaire du début des années 1900. Les vitrines (on ne peut plus simples et standard) ont été recouvertes de bois peint de façon à donner l'illusion de vitrines d'époque. Et si on regarde rapidement, on entre effectivement dans le jeu! D'autant que l'immense photographie d'époque donne le ton et que l'on retrouve en haut de la table de travail des répliques des mêmes lampes.

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Cette grande table centrale sert évidemment de lieu pour effectuer des animations et les jeunes peuvent s'installer dans les gradins sous la murale photographique.

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De chaque côté de la grande table, on retrouve deux ilôts d'expérimentation-manipulation avec fiche d'explication (en vert) destinée à être manipulés par les visiteurs.


On voit d'ailleurs très bien qu'il y a « conflit » de deux clientèle visées dans cette exposition : le chercheur et le non-spécialiste. Les chercheurs par la densité des propos et le nombre d'objets-témoins. Les non-spécialistes par l'introduction d'éléments de dynamique (photocopies de livres, salle de démonstration, etc.). Le chercheur y retrouve son compte même s'il doit être frustré de ne pas pouvoir consulter les livres. Frustration également vécue par le non-spécialiste. Ce dernier doit quant à lui afficher une ferme volonté pour aller chercher satisfaction dans le propos de l'exposition en raison du fait que les livres sont, à prime abord, muets et par l'austérité de la présentation. Toutefois, les éléments « de dynamisme » et le niveau de rédaction des textes lui sont directement destinés. Qui est satisfait au sortir de sa visite? Je ne sais pas. Il se peut bien que les deux en ressortent frustrés. Non pas que la conceptrice a mal fait son travail, je trouve au contraire qu'elle admirablement bien tiré son épingle du jeu vu le contexte, mais parce que l'exposition souhaite répondre aux aspirations de deux clientèles en apparence opposées. J'aime bien avoir rencontré une exposition qui présente ce contraste de façon si claire. Cela est très éclairant pour moi!

D'ailleurs, cela aurait été bien s'il y avait eu possibilité de consulter tous ces livres via un lecteur de livre électronique ou livrel (quelques exemples : Sony Reader, iRex Technology et un supposé lecteur de Apple) ou encore via du papier électronique interactif (un exemple via NouvoLivrActu2.0 et un autre).

J'ai déjà expérimenté le livrel de iRex et c'est vraiment troublant. Qu'une amoureuse des livres comme moi, du papier et du « vrai » ait apprécié de lire un livre en entier, est très révélateur. En tant que muséologue, je crois que cette technologie introduira une petite révolution dans la présentation de livres (et de textes) en exposition!

L'exposition Le goût des sciences a réussi à dynamiser la thématique de l'enseignement des sciences et une collection très riche malgré un contexte et des lieux particulièrement complexes à travailler. Le propos est fascinant lorsque l'on prend le temps de le découvrir via les textes, avec l'accompagnement de l'audioguide... ou par la générosité de la conservatrice. ;-)

Merci beaucoup Myriam Boyer pour votre accueil!

Commentaires

temps

Croire, croire que nos ancetres perçurent le monde de la meme manière que nous.
Le passé est une mise en mémoire d'information, le futur une étude de probabilité, et le présent une notion d'état depuis bien longtemps.
Cordialement

Ana

Enro, scientifique et citoyen aborde le sujet des manuels scolaires et cite cette note ici : http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2007/09/15/194-a-propos-des-manuels-scolaires

Suite à la lecture de sa note, je suggère fortement la visite de l'exposition pour quiconque souhaite voir cette évolution dans la façon de produire des manuels scolaires. On voir alors très bien l'effet des ans, des modes et des valeurs.

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