La blogosphère muséale féminine
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L'intimidation lors de la sortie scolaire au musée

François Guité , enseignant et blogueur, attire notre attention sur une série d'articles concernant l'intimidation et la cyber-intimidation qui sont inquiétantes : selon une étude de la Pew Internet, un tiers des jeunes seraient victimes de cyberintimidation et craindraient encore plus l'intimidation « réelle ».


La situation en milieu scolaire est suivie de très près et plusieurs stratégies se mettent en place afin de contrôler l'épidémie. Les textes de François Guitéregorge d'informations à ce sujet.

Ma question. Lors des visites scolaires au musée, quand le professeur confie (abandonne parfois!) sa classe aux animateurs, est-ce que vous observez ce phénomène? Et la question corollaire. Est-ce que ce phénomène est documenté en milieu muséal?

Je sais que faire des animations de nos jours peut être très exigeant (du point de vue de la discipline... je ne parle pas de l'intérêt manifesté, qui est un tout autre sujet! ;-) ). Particulièrement avec les adolescents. Cette intimidation peut se produire entre jeunes, mais également être dirigée vers l'animateur. Il en va alors de la responsabilité du musée de protéger et donc d'outiller ses employés.

À défaut d'études à proprement parler muséales, je vous recommande de fouiller le blogue de François Guité sur le sujet. Vous y trouverez une foule de liens pertinents pour tenter de contrôler l'intimidation des jeunes.

Commentaires

François Guité

« Est-ce que vous observez ce phénomène? Et la question corollaire. Est-ce que ce phénomène est documenté en milieu muséal? »

Tu poses les bonnes questions, Ana. J'aimerais moi aussi avoir des réponses, car j'émets l'hypothèse que l'intimidation est moins manifeste au musée qu'à l'école, pour les raisons suivantes :

- Il est plus facile pour les brutes de recourir à la violence dans un milieu qui leur est familier (maison, école) et où ils se sentent relativement en confiance.

- L'école est un milieu où les jeunes sont généralement à l'étroit; et l'on sait que la promiscuité favorise la violence.

- Les jeunes sont moins portés à la violence dans un environnement où l'esprit est occupé à des activités intéressantes.

Ana

François, tu as parfaitement raison avec tes deux premiers points. Je crois effectivement que le niveau d'intimidation en milieu muséal est moindre qu'à l'école. Pour le troisième, j'émets pourtant quelques réserves. Parce que les adolescents n'embarquent justement pas toujours dans les activités au musée et ce, pour plusieurs raisons. Concevoir des activités éducatives pour des adolescents est un grand défi.

Parfois ces activités ne répondent pas à leurs intérêts ou leur niveau (et les animateurs entendent des commentaire du type « c'est trop bébé! »). Ou encore, et cela me semble encore plus important, je pense que les adolescents ont besoin d'être en aussi petit groupe que les enfants. Justement à cause de l'intimidation. Elle ne va pas jusqu'aux niveaux de violence que l'on peut retrouver dans les milieux familiers, j'en conviens. Mais on en retrouve quand même.

Comme l'adolescent a besoin de s'affirmer, de paraître bon, lorsqu'il se retrouve en grand groupe, les grandes gueules prennent la place et les autres se taisent. Classique. Et donc, quand un « plus réservé » prend la parole, les autres rient ou leur simple présence les force au silence. Je sais, cela se produit aussi à l'école. Mais là ou je crois que l'on retrouve une différence entre l'école et le musée, c'est qu'à l'école, un adolescent qui craint la réaction d'un collègue, peut se faire discret et profiter de l'apprentissage scolaire de façon correcte et même sans trop en perdre (dans le mode traditionnel et magistral j'en conviens). Au musée, nous ne sommes généralement pas dans ce mode traditionnel et magistral. Les activités éducatives du musées supposent une part d'expression, d'ouverture de son vécu et de ses connaissances/compétences pour y intégrer les éléments propre au sujet abordé dans l'exposition. Le musée est un lieu où l'on doit dialoguer. Dialoguer au sens de la parole (entre jeunes ou entre animateur et jeunes). Dialoguer avec soi-même, intérieurement (intégrer des éléments provenant de l'exposition dans son propre vécu). Et dialoguer avec les objets, avec ce qu'ils évoquent, avec ce qu'ils nous font ressentir.

Or quand on a peur d'un autre dans le groupe, on ne peut plus dialoguer. Ni avec l'autre, ni avec soi-même, ni avec l'objet puisque l'on est déjà en mode défensif.

Comme l'enseignant n'est souvent pas un appui sur lequel peut compter l'animateur, il me semble d'autant plus important d'outiller les animateurs. Cela me semble encore plus primordial lorsque l'on impose des goupes d'une ou deux classes d'adolescents par animateur.

Alors oui, l'intimidation est moins manifeste qu'à l'école. Oui, elle atteint des niveaux moins graves. Mais je ne crois pas qu'elle soit exclue du musée puisque cette intimidation vécue à l'école est justement transportée dans le coeur des jeunes qui visitent le musée.

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